Cultures sud à propos de Carnavalesques 4

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Samedi 19 février 2011 // La presse en parle

L’actualité éditoriale maintient décidément Madagascar sous les feux de la rampe ; au moment où sort des presses le tome 1 de l’intégrale Rabearivelo (CNRS Éditions, 2010), paraissent deux anthologies qui mettent derechef la Grande île en lumière.

Au cours des deux dernières décennies, le lecteur curieux avait déjà pu apprécier l’important travail de collecte mené par Liliane Ramarosoa (Anthologie de la littérature malgache d’expression française des années 80, Paris, L’Harmattan, 1994), ainsi que la recherche exigeante menée par Dominique Ranaivoson (Chroniques de Madagascar, Saint-Maur, Sépia, 2006, suivi de Nouvelles chroniques de Madagascar, Sépia, 2009). Plus récemment encore, au printemps 2010, la revue Riveneuve continents faisait la part belle à Madagascar dans son n°10 consacré aux « Escales en mer indienne », en suivant un même principe pour la sélection des textes : des inédits, mêlant découvertes et valeurs sûres, dosant l’exotisme et l’âpreté avec plus ou moins d’habileté et de cynisme.
Cette recette éditoriale semble prisée, puisque le recueil Nouvelles de Madagascar reprend fidèlement celle que D. Ranaivoson avait mise au point pour les éditions Sépia : six auteurs, six nouvelles, six récits inédits qui racontent le Madagascar d’aujourd’hui. On y retrouve d’ailleurs la plume mordante d’un Johary Ravaloson, qui semble beaucoup s’amuser de l’attrait exercé par son île sur le milieu éditorial français : il fait paraître depuis quelques années d’une revue dans l’autre une suite de Fragments numérotés. Il publie ici « Antananarivo, qu’est-ce que j’ai foutu tout ce temps ? » (Fragments IV), qui déconcerte par sa construction en éclats : une ronde frénétique de personnages affolés, les mêmes ou d’autres, aux prises avec l’absurdité de l’amour en miettes, dans une série de sept éclats de vie. L’actualité n’en a d’ailleurs pas terminé avec Johary Ravaloson puisqu’il publie, toujours en 2010, son premier roman, Géotropiques (Vents d’ailleurs). Les autres acteurs de cette anthologie sont Raharimanana, Jean-Pierre Haga, Alexandra Malala, Esther Randriamamonjy et Magali Nirina Marson. Le choix est intéressant ; sont convoquées des plumes aguerries comme celle de Raharimanana, particulièrement en verve dans un registre à la fois caustique et drôle qu’on lui connaissait peu (« Ambilobe »), ou celle d’Esther Randriamamonjy (« le charretier et la Mercedes »), digne représentante d’une aristocratie littéraire tananarivienne qui goûte jusqu’à l’écoeurement les subtilités douçâtres du conte moral et du récit à clé… Au même sommaire, quatre nouveaux auteurs, quatre écritures plus « vertes », proposent à la lecture une mise en mots d’expériences personnelles, de ressentis intimes, qui forcent l’intérêt par leur audace dans le maniement de l’épique et du politique (Jean-Pierre Haga, « Destins »), ou déçoivent par leur manque de souffle. Mais c’est la loi du genre ; l’anthologie est une invitation ! Seule faute de goût, mais impardonnable : la préface, signée pourtant Pierre Astier, qui s’enfonce dans une caricature exotisante bien loin de la qualité des textes qu’elle prétend servir.
On ne peut faire ce reproche à la livraison 4 de la revue Carnavalesque (« Revue de découverte des écritures françaises contemporaines »), qui consacre un numéro spécial, coordonné avec brio par Frédérique Hélias et Stéphane Hoarau, à la poésie des îles de l’océan Indien. La préface comme la postface (signée Daniel-Henri Pageaux) de ce florilège sont éclairantes, même si rien n’est vain comme de prétendre résumer en quelques pages la production littéraire indo-océanique. Les coordinateurs procèdent donc avec modestie, se donnant comme principal objectif de « provoquer des rencontres, avant tout poétiques », en proposant à la lecture 24 poètes originaires ou habitants des îles du sud-ouest de l’océan Indien (Madagascar, Comores, Mascareignes, Seychelles). Le recueil, très dense, est rythmé par des citations extraites de discours poétiques d’écrivains ou d’entretiens, et enrichi par la contribution plastique de deux artistes, Myriam Omar Awadi (dessins) et Thérésien C. (photos). Chaque poète est présenté de façon à la fois précise et concise, et l’ordre d’apparition des auteurs est volontairement alphabétique, pour susciter surprises et collisions. Des surprises, on en aura plus d’une à la lecture de ce beau travail éditorial : si l’on retrouve des voix connues (Elbadawi, Marimoutou, Raharimanana, Ravaloson, Timol…), on rencontrera aussi au détour des pages carrées de Carnavalesques des voix plus jeunes, tâtonnantes, parfois enthousiasmantes comme celle de Nassuf Djailani (tout juste 30 ans) qui rêve de « putsch langagier » et se rêve « sismographe des battements cardiaques de ces poussières d’îles en gésine … ». Une écriture à suivre !

Claire Riffard

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24/06 — Cultures sud à propos de Carnavalesques 4

Bonjour, Oui c’est vrai et c’est certain !D’autres jeunes talents viendront avec des styles plutôt différents de ces (anciens ? ) renommés mais le hic ... est-ce qu’on saurai tles (...) Lire la suite »